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Les "Rouges" et les "Bruns"
Mon observation de la société me fait dire qu’il faut créer de nouvelles catégories de personnes. Ce n’est plus vraiment la lutte des classes qui est d’actualité, bien que pour certains, elle soit encore cruellement présente, mais une lutte entre ceux qui veulent de plus en plus d’argent peu importe où ils le prennent et ceux qui ont compris que l’argent est une arme meurtrière qui tue tous les jours des milliers d’enfants et d’adultes en Afrique et ailleurs. Ces derniers vont donc changer leurs idées sur l’argent et contrôler sévèrement leurs dépenses. J’appelle "Rouges" ceux qui ont encore le sang de la vie en eux et pour lesquels, l’argent est un mal nécessaire, et "Bruns" ceux qui ont tapissé le cœur de billets d’argent et qui considèrent l’argent comme une fin et qu’il faut l’accumuler au maximum. Entre les deux, il y a toutes les nuances du un peu, moyennement, beaucoup de Rouge ou de Brun.
Je suis bien consciente que cette distinction va soulever des problèmes chez certains, mais elle est nécessaire pour recréer des repères dans le domaine économique. Il y a donc une barrière entre les Rouges et les Bruns, et il faut déterminer où elle se trouve. Lorsqu’il y a des années, j’étais tombée sur la Global Rich List qui m’indiquait qu’avec des revenus de RMI, on fait partie des 10% de personnes les plus riches du monde, je me suis mise à chercher où était le milieu, donc avec quelle valeur on arrivait à 50%, eh bien c’est à environ 676 euros par an, soit un peu plus de 2 euros par jour ! Alors pour trouver un milieu, je n’avais pas envie de chercher des valeurs pour la France et des répartitions, je me suis finalement décidée à prendre 1500 euros nets d’impôts par mois. C’est une valeur arbitraire bien sûr, mais c’est celle que je vais utiliser. Donc, jusqu’à 1500 euros de revenus mensuels nets d’impôts, on est chez les Rouges et à 1501 on est chez les Bruns. Si je voulais choquer, je pourrais dire, les Bruns sont des voleurs et les Rouges des volés. Et quelqu’un pourrait dire que celui qui a 1499 euros ne peut pas être un volé par celui qui a 1501 euros.
Mais les lecteurs de la Bible se rappelleront peut-être qu’un homme à cheval est passé à côté d’un pauvre assis au bord de la route et grelotant de froid. D’un coup d’épée, celui à cheval a coupé son manteau en deux et a donné la moitié au pauvre, il ne lui a pas dit "Attendez que le marchand passe, il en a des tonnes, il pourra vous en donner un". C’est le sublime du partage.
Cette valeur de 1500 est arbitraire, bien sûr, mais elle a l’avantage de permettre à chacun de pouvoir créer ses repères. Il faut bien s’orienter à quelque chose. Sans repères, on est perdu. Car il est évident qu’il y a des personnes qui sont exploitées par d’autres, non pas en les faisant travailler à quatre pattes pendant 20 heures par jour, mais parce qu’avec les faibles revenus dont elles disposent, elles doivent payer les mêmes prix que les personnes qui ont 3 ou 4 fois plus, voire bien plus encore. C’est ainsi que l’argent se déplace des plus pauvres vers les plus riches, ou pour parler selon les nouvelles règles de classification, des Rouges vers les Bruns. Cette nouvelle classification a aussi pour avantage de ne pas reconnaître les classes sociales. Quand je vois ce que les Bruns font avec leur intelligence, j’ai vraiment pitié pour eux, et tout mon respect s’est envolé. Admiration pour les Bruns qui se réveillent ou se sont réveillés et qui ont compris le sens du partage et de leur responsabilité sociale. Des personnes qui savent monter sur la lune, doivent savoir gérer une population décemment. S’ils ne le savent pas, c’est à la société civile de s’organiser.
Êtes-vous un constructeur ou destructeur de social ?
Tout être humain a besoin de social : seul il ne peut grandir, malade il ne peut guérir, très âgé, il ne peut survivre. Mais la plupart des humains n’en ont plus conscience. Il n’y a plus qu’à souhaiter que la marchandisation du social ne se retourne pas contre eux une fois en maison de retraite, maison de soins palliatifs ou autres. Se faire traiter comme un objet est très très très douloureux après toute une vie de labeur en autonomie. Mais ne récolte-t-on pas ce que l’on sème ? Il est pourtant encore temps de semer. Même à l’âge de la retraite. Il faut instaurer une année civique pour retraités. Cela permettrait également aux retraités d’avoir une année de transition entre la vie de travail et la retraite s’il veulent bien la prendre. De nombreuses activités dans des associations et pour des personnes défavorisées attendent des retraités actifs. Mais ce sont des choses qu’il faut organiser.
Certains ont eu de la chance, depuis leur naissance, leur jeunesse, leur vie d’adulte, toujours en contact avec d’autres personnes, au point de parfois avoir besoin de fuir dans un coin tranquille pour pouvoir réfléchir ou travailler. Ces personnes là ne s’imaginent jamais ce que c’est que de passer des heures, des jours, des semaines, des mois et même des années dans la solitude et s’étonnent que les personnes auxquelles elles font endurer ces situations ne réagissent pas comme elles l’avaient espéré, ne soient plus sereines et ne se passionnent plus pour les banalités de la vie.
Délit de violence psychologique
L’État veut légiférer dans le domaine des violences faites aux femmes dans les couples. Enfin, il était temps. Mais est-ce suffisant ? Selon une avocate, "menaces, harcèlement, pressions financières, injures, insultes, chantage, diffamation, dénigrement" et pour finir le fameux isolement social pourrait également figurer au chapitre de ces violences psychiques qui sont aussi destructrices que les violences physiques, parole d’avocate ! Un autre magistrat exprime sa difficulté à faire la preuve du harcèlement moral dans les entreprises et pense que ce sera très difficile d’apporter les éléments constitutifs des preuves dans le foyer, il faudrait le mettre sous contrôle. C’était aussi ma difficulté à prouver les violences psychologiques de l’exclusion sociale et de l’indifférence entre les uns et les autres jusqu’à ce que je ramène mes preuves aux heures d’isolement social. Cela fait des années que je répète que la solitude tue, que j’accepte même de me faire enfermer pour appuyer mes dires, mais seules deux personnes ont compris le message. Il y a plusieurs personnes que j’ai en tête que je pourrais faire accuser de violence psychologique, mais je n’aurais aucune chance de les voir condamnées car la loi est de leur côté. Elles ont le droit de pratiquer l’adoration de l’égo et l’exclusion sociale. Le délit de violence psychologique est uniquement pour les couples, et je ne pense pas que l’on soit prêt à l’étendre aux relations duales dont l’État n’a du reste aucune idée sur ses répercussions positives ou totalement destructrices. Le magistrat rajoute que "l’État ferait mieux d’investir dans des foyers d’accueil pour personnes en détresse". Ce genre de choses sont possibles en Australie et au Danemark sans doute, deux pays que ARTE m’a présentés comme pratiquant l’entraide, en France, avec notre petit adorateur du veau doré, il n’en est pas question. Mais nous, la société civile, nous ne sommes pas sans moyens et pas sans idées. Un nouveau projet est en gestation.
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