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L'altruisme, inné ou acquis?
Dans une société dont les membres sont de plus en plus désocialisés, il est urgent de se poser des questions sur l’altruisme. Un reportage d’Arte me permet d’étudier la question en profondeur.
C’est quand que vous avez pleuré pour la dernière fois ? Pour une coupe du monde perdue ou pour une cause réellement sérieuse ?
D’ailleurs, c’est quoi au fait la compassion ? Vous donnez de l’argent aux bonnes œuvres ? "Oui, c’est important, très important pour moi. Parce que ça me donne bonne conscience. Quand je vais bien, j’ai envie que les autres aillent bien aussi." Un homme auquel on demande s’il lui arrive de ressentir de la pitié ou de la compassion ? "Pas vraiment. C’est comme ça." Une autre femme répond "Oui, quand je vois toute la misère dans le monde, je me dis que j’ai de la chance et que c’est mon devoir d’aider les autres." Une femme style employée de banque me surprend en répondant "Je ne peux pas me sentir bien quand je vois les gens souffrir autour de moi. C’est aussi simple que ça."
Un homme cadre répond "Ce n’est ni de la pitié, ni de la compassion. J’estime que c’est notre devoir quand on a un travail d’aider ceux qui n’ont pas cette chance-là". ((Je me reconnais dans cette dernière intervention.))Une rencontre avec un mendiant "Les gens donnent beaucoup plus l’hiver, parce qu’en hiver, les gens ont plus pitié de nous, quand ils nous voient vivre comme ça, ça les touche davantage. Les gens ne restent pas indifférents. Ils ne peuvent pas toujours nous donner de l’argent, mais beaucoup comprennent nos vies et ils compatissent. Celui qui donne le plus, c’est monsieur Tout-le-Monde. Les riches sont loin d’être les plus généreux. Ce ne sont pas eux qui donnent le plus, souvent les riches ne sont même pas capables de dire bonjour. Les jeunes sont plus radins. Les personnes âgées ont tendance à donner plus d’argent. Et oui, les femmes sont bien plus généreuses que les hommes."
Une dame de la Croix Rouge, à la question du pourquoi nous donnons de l’argent ? "On donne avant tout pour soulager la misère des autres. Quand on voit des personnes dans le besoin, on a envie d’aider. On donne aussi généralement quand on a connu le même genre d’épreuve : un cancer, par exemple, ou un grave accident. Alors on a envie d’aider les gens qui sont dans cette même situation."
C’est ce qu’on appelle la compassion. Mais que peut-on faire pour encourager ce sentiment ? Pour que les gens partagent la souffrance des autres ? "Ce qu’il faut, c’est toucher les gens, les faire réagir. Il faut les encourager à regarder autour d’eux et à s’intéresser aux autres. Comment fait-on ? On va leur parler et on leur montre que certaines personnes traversent une période difficile et qu’il faut les aider". S’ils ont tendance à se sentir coupables, ils refusent de s’impliquer. ((oh, les petits chéris, toujours innocents)).
La compassion c’est percevoir et ressentir la souffrance des autres et être prêt à donner sans rien attendre en contrepartie. On donne quand on va bien, non ? Alors agit-on par pitié, par reconnaissance de la douleur d’autrui, par compassion ou bien par vanité ? La compassion, par exemple, est-ce qu’elle est innée ou est-ce qu’elle nous est acquise ? Des études ont montré que de jeunes enfants de 2 ans sont capables de faire preuve de compassion. La psychologie du développement vise à comprendre comment se fait l’acquisition de certains comportements et de certaines pensées chez les enfants. Les origines de la compassion remontent très loin dans l’évolution. On en porte la preuve en nous, c’est la raison pour laquelle des scientifiques ont choisi de travailler avec des enfants en bas âge.
Cela nous permet de mieux comprendre les différentes étapes de l’évolution humaine. Émotion, langage, morale, c’est ce qui fait de nous des humains et nous différencie des animaux. Nous cherchons à savoir comment naît la compassion. Comment vient-on à dépasser notre égoïsme et prendre la défense de notre prochain. On dit que les origines de cette évolution sont à chercher du côté de la famille. Les êtres humains comme de nombreuses autres espèces animales s’occupent de leurs petits. Mais les êtres humains ne se contentent pas seulement de s’occuper de leurs petits. Il leur arrive également de venir en aide à de parfaits étrangers ou à des personnes extérieures au cercle familial. On s’entraide les uns les autres, mais chacun y trouve son compte. Car en aidant son prochain, on espère un jour un retour d’ascenseur.
Dans l’expérience, on fait tomber un objet et on fait comprendre à l’enfant qu’on n’arrive pas à le ramasser. On a découvert que les enfants se précipitaient à chaque fois pour ramasser l’objet et le donner. Ils sont également capables d’ouvrir la porte à quelqu’un. C’était pour montrer que l’empathie et le désir d’aider quelqu’un qui a un problème sont bien inscrits dans nos gènes. On a pu observer que les enfants font ce qu’on attend d’eux, mais ils restent ensuite toujours un moment à regarder l’autre personne comme s’ils attendaient une récompense, un merci ou alors comme s’ils voulaient vérifier que l’autre puisse faire ce qu’il voulait faire grâce à leur aide.Les singes se comportent de la même façon que les humains. Pour les scientifiques, c’est la preuve que les êtres humains ont hérité leurs capacités d’empathie de leurs ancêtres les singes. Il semblerait donc prouvé que les enfants ne naissent pas égoïstes et qu’ils n’apprennent pas l’altruisme en grandissant, ni par la religion ni par la morale. Ils étaient capables de compassion et ils venaient en aide aux personnes en difficulté émotionnelle ou confrontés à un problème pratique. Ils sont tout à fait capables d’être attentionnés.
Où est le siège de la compassion dans le cerveau ?
Au milieu des années 90, des chercheurs italiens parviennent à isoler des cellules nerveuses responsables de l’acte de préhension chez les singes, c’est à dire de la faculté de prendre les choses, de les saisir. Ils découvrent que ces neurones sont présents également chez les animaux qui n’avaient fait qu’observer cette fonction. Ce sont les neurones miroir. "Logiquement, ces neurones n’auraient dû être actifs que lorsque le singe accomplit lui-même l’action. Mais ils le sont aussi lorsque le singe observe un autre individu exécuter l’action. Ces neurones remplissent une double fonction. Ils permettent d’une part de réaliser une action et d’autre part, ils s’activent lorsque l’on observe la même action réalisée par une tierce personne. D’où le terme de neurone miroir. Et ça marche aussi chez les hommes mais on ne trouve pas des neurones miroir partout dans le cerveau. Certaines zones sont destinées uniquement à nos actes et à nos pensées. Il semblerait que nous arrivions par l’intermédiaire des neurones miroir à faire partager certaines émotions, certaines sensations comme le toucher. Reste encore à découvrir pour quelles actions ou émotions, il existe des neurones miroir et pour quelles actions ils n’existent pas. Mais une chose est sûre, les neurones miroir reflètent aussi bien nos actions que nos observations et nous poussent à exécuter ce que font les autres." ((Dommage que l’entraide ne semble pas fonctionner dans le sens vers les plus faibles avec ces neurones miroir, curieusement l'attrait de l'argent semble fonctionner ainsi, mystère...))
Mais depuis cette émission, j’ai encore une fois eu confirmation qu’il existe des personnes totalement insensibles, elles ne ressentent aucune émotion face à la détresse. C’est le phénomène de cécité mentale dont 10 à 14% des adultes sont atteints d’une forme relativement prononcée. ((Cela doit être l’horreur d’être marié/e à de tels gens ou de les avoir pour amis, ils ne viendraient jamais en aide à quelqu’un d’autre, tout au plus s’ils y voient un intérêt personnel ou commercial !))
Et l’empathie d’un point de vue scientifique ? "L’empathie est composée de deux éléments. Premièrement, on a ce qu’on appelle un élément cognitif, ça veut dire que nous sommes capables de nous mettre à la place de l’autre. Deuxièmement, il y a un élément émotionnel. Est-ce qu’on ressent les mêmes émotions que la personne qu’on observe. Quand on voit une personne triste, est-ce qu’on peut vraiment partager sa tristesse ?"
Philip Zimbardo, psychologue "La plupart des gens sont capables de commettre des atrocités quand les circonstances l’exigent. Mais on refuse de voir la vérité en face. On s’imagine tous être du côté des gentils." ((Il y en a même qui sont capables d’atrocités quand les circonstances ne l’exigent pas. Au niveau de l’Etat, cela s’appelle un génocide, au niveau de l’individu, un assassinat)).
En 1971, Philip Zimbardo, alors professeur au département de psychologie de l’université de Stanford en Californie a réalisé une expérience. L’expérience de Stanford restée dans les annales. Philip Zimbardo a divisé un groupe d’étudiants en deux, d’un côté les gardiens, de l’autre les prisonniers. Il s’était attribué le rôle de directeur de la prison. Les gardiens avaient reçu un uniforme, une matraque et le pouvoir absolu sur les détenus. Les prisonniers étaient tous vêtus d’une blouse blanche, ils étaient à trois par cellule et étaient appelés par des numéros. L’expérience a très vite échappé au contrôle de Philip Zimbardo. Les gardiens ont commencé à brimer les prisonniers et à leur imposer des punitions physiques. Ils se sont laissés grisés par l’ivresse du pouvoir et y ont même pris plaisir. Ils n’ont fait preuve d’aucune empathie pour leurs camarades. Ils ont même été jusqu’à forcer les détenus à nettoyer les toilettes à main nue. Les gardiens rationnaient la nourriture et privaient les détenus de sommeil. Les prisonniers étaient totalement épuisés. Les gardiens se montraient particulièrement cruels la nuit parce qu’ils pensaient ne pas être surveillés. Philip Zimbardo pense que les gardiens se sont laissés séduire par la notion de hiérarchie et de pouvoir. ((Dans le reportage on disait "autorité", mais ce n’est pas cela, il s’agit bien de pouvoir, car le pouvoir se prend par la force et l'autorité se gagne par la confiance renouvelée tous les jours)). Il ne faut pas oublier non plus le phénomène de groupe. Parmi les gardiens, aucun n’a remis en question le comportement de ses compagnons. A aucun moment, ils ne se sont sentis personnellement responsables de leurs actes. A l’origine, l’expérience était prévue pour durer deux semaines.
Mais Philip Zimbardo a été contraint de l’interrompre au bout de six jours seulement. Il avait pourtant sélectionné avec soin ses participants. Les étudiants avaient tous été considérés comme tout à fait normaux et pas particulièrement enclins à la violence. ((On ne peut donc pas s’imaginer que la société s’améliorera sans s’imposer à soi des règles plus strictes soumises à contrôle.)) C’est l’environnement qui les a rendus méchants. Les spécialistes du comportement appellent cela l’effet Lucifer. Pour Philip Zimbardo, le comportement des soldats américains en Irak présente des similitudes avec l’expérience de Stanford. Les soldats sont responsables de leurs actes, mais les personnes qui les ont obligées de travailler dans de telles conditions sont également responsables. ((Déduction : les citoyens sont responsables de la détresse sociale, mais les dirigeants du néolibéralisme et capitalisme sauvage également.))Les autorités américaines n’ont cessé de répéter aux soldats que les irakiens étaient tous des terroristes potentiels. Si l’on en croit Philip Zimbardo, le fait de se sentir menacé en permanence peut pousser des soldats à commettre l’irréparable. Dans une situation extrême, on perd parfois sa capacité d’empathie. ((Et chez nous, on n’arrête pas de faire croire aux gens que l’Etat s’occupe des pauvres et esseulés alors que ce n’est pas vrai, donc les citoyens les abandonnent)).
La compassion est un sentiment bien fragile et précaire bien qu’il soit vital pour la vie des personnes isolées.
Et comme l’altruisme est inné, mais que la société capitaliste l’a presque complètement détruit, il faut se fixer des règles strictes et les observer, car l’égo de l’adulte est très puissant et laisse très peu de place à la compassion et à l’entraide.
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